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21 avril 2006

Jeter l'argent par les fenêtres russes

Sabine Verhest

La Cour des comptes stigmatise le gaspillage de fonds européens.
Elle pointe du doigt le manque de dialogue entre Européens et Russes.

 

medium_pict_85425.jpgComment jeter l'argent européen par les fenêtres russes? En payant du matériel inutilisé, en fixant des objectifs irréalistes, en manquant de coordination ou en arrêtant des projets. En 15 ans, Moscou a reçu quelque 40 pc - soit 200 millions d'euros annuels - des 7 milliards d'assistance technique à la Communauté des Etats indépendants (Tacis). Résultats: «Ces fonds ont été utilisés de manière très peu efficace», a asséné jeudi à Bruxelles l'auditeur européen Jacek Uczkiewicz. «Notre évaluation est négative.» De fraude, malversation ou détournement d'argent, il n'en est toutefois pas question à ses yeux; la Cour des comptes européenne préfère parler de «manque de discipline et de rigueur».

Pour quoi faire?

Concrètement, la gabegie ou l'impéritie a de quoi consterner, quand un projet a pour objectif d'harmoniser les normes routières légales entre l'Union et la Fédération de Russie alors que la première n'a précisément pas de règles communes. Ou quand la gestion d'une petite route du fin fond russe est censée

«faciliter les échanges commerciaux» euro-russes. Quand du matériel ne peut être utilisé parce que la connexion Internet nécessaire n'est pas disponible. Ou encore quand des appareils de gym destinés à des enfants ne sont pas adaptés et se voient réorientés vers une école militaire. Quand un projet de lutte contre le blanchiment d'argent se perd dans les méandres de la bureaucratie ou quand «certains équipements ont été vendus par le bénéficiaire parce qu'il ne savait pas quel usage en faire».

La Cour des comptes a fondé son appréciation sur l'analyse de 29 projets mis en oeuvre en 2002 et 2003 pour un montant total de 56 millions d'euros. Neuf contrats ont atteint leurs objectifs, dont cinq ont été jugés «durables». Parmi les lacunes relevées par la Cour des comptes, l'imprécision des objectifs, le manque d'évaluation des projets et de dialogue entre la Commission européenne et les autorités russes. «En conséquence, dans certains cas, les bénéficiaires ont accepté une assistance qu'ils ne souhaitaient pas», indique la Cour des comptes. «Dans certains cas», justifie la Commission, «les projets n'ont pas pu produire pleinement leurs effets en raison de la diversité des intérêts au sein de la société russe». «Il n'est pas aisé d'engager un dialogue soutenu avec la vaste bureaucratie russe sur la stratégie à suivre pour la future coopération financière», ajoute l'Exécutif européen, par ailleurs conscient des «déficiences» observées.

Pleine transparence

Pour améliorer les choses avant la mise en place du nouvel «instrument de voisinage et de partenariat» qui régira l'aide européenne à la Russie à partir de 2007, les auditeurs conseillent à la Commission de ne financer des projets que s'ils obéissent à des objectifs clairs et librement consentis, d'évaluer de façon réaliste leur potentiel de durabilité et d'analyser leurs résultats en fin de parcours. De là à offrir la pleine transparence sur les projets, comme le demande Jacek Uczkiewicz, il y a un pas qu'elle n'entend cependant pas franchir.

© La Libre Belgique 2006

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