27 janvier 2009
Le protectionnisme monétaire et ses dangers bien plus réels que ceux du protectionnisme douanier
Barack Obama a demandé à la Chine d'arrêter de manipuler sa monnaie, le yuan. Cette demande est justifiée mais risquée. Revenons sur son origine.
Les marchés étaient bien trop habitués à voir le yuan s'apprécier face au dollar. Depuis trois ans en effet, la monnaie chinoise n'avait cessé de remonter contre le billet vert, affichant une réévaluation de 16%.
Aussi, lorsque, du 27 novembre au 5 décembre, le yuan s'est déprécié face au dollar, la consternation fut totale sur le marché des changes.
Nous savons que la parité du yuan est arbitrairement déterminée à partir d'un panier de plusieurs devises, dont la principale est le dollar. Dernièrement, la devise américaine a largement profité de son statut de monnaie de référence : elle redevient un refuge face à la crise. De manière parfaitement mécanique, le dollar s'est évalué par rapport à la plupart des autres devises, dont le yuan.
Les Américains n'ayant plus assez d'argent pour consommer et les Chinois n'ayant plus assez d'acheteurs pour vendre leur production, il est clair que le yuan est dévalué par rapport au dollar pour doper le commerce extérieur chinois. Cela affaiblit donc la balance commerciale américaine.
...Et tout cela n'est que la conséquence d'un commerce mondial qui se contracte.
Aujourd'hui, alors qu'il est toujours de bon ton de critiquer vertement le protectionnisme (douanier) même lorsqu'il est vu dans une approche pragmatique, modéré, adapté et ciblé à certains produits venant de certains États ne respectant pas certaines règles, on oublie les dangers bien plus réels du protectionnisme monétaire.
Les dévaluations monétaires constituent en effet une des principales distorsions. L'effet des fluctuations des grandes monnaies est considérable et peut très clairement amoindrir l'effet des plans de relance, surtout lorsqu'il s'agit d'aides directes à des intérêts particuliers (comme c'est le cas pour la France...) et non d'une action globale sur la demande.
Comme le rappelle Antoine Brunet dans Le Monde, le coût du travail est 80 fois moins élevé en Chine qu'en Europe, contre 30 fois pour l'Inde, alors que leur situation est comparable, ce qui donne une idée du rôle du taux de change.
Aujourd'hui, l'OMC n'a pas les moyens de sanctionner les manipulations de change. Si l'OMC interdit et punit le protectionnisme douanier, elle ne peut rien faire contre le protectionnisme monétaire. Et depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, le FMI n'a plus son mot à dire sur le régime et les manipulations de change de certains pays.
C'est pourquoi l'administration Obama, touchée par la dévaluation du yuan, a décidé de réagir.
Mais, cette réaction, bien que parfaitement compréhensible, comporte de sérieux risques. Le premier est d'affaiblir un peu plus encore une économie chinoise dont le ralentissement semble prendre des proportions inquiétantes. Le PIB n'a progressé que de 6,8%, sur un an, au quatrième trimestre 2008, ce qui, à l'échelle de la Chine, prend presque des allures de récession, avec la menace d'une explosion sociale dans le pays.
Or, la banque centrale de Chine est devenue depuis l'automne, devant le Japon, le premier détenteur de bons du Trésor américains, avec un stock aujourd'hui supérieur à 700 milliards de dollars (545 milliards d'euros). A force de trop les irriter sur les taux de change, les Chinois pourraient finir par riposter en décidant de boycotter les prochaines adjudications du Trésor américain. Il s'ensuivrait une envolée des taux d'intérêt à long terme américain, dont l'effet serait d'aggraver la récession aux Etats-Unis.
Comme le rappelle Le Monde d'hier, ce n'est pas seulement un conflit monétaire bilatéral sino-américain qu'il faut redouter, mais bien une guerre des changes mondiale.
La banque centrale russe (BCR) a annoncé jeudi une dévaluation de 10% du rouble qui a déjà perdu près du quart de sa valeur en deux mois. Elle a promis qu'il s'agirait de l'ultime réajustement...
La livre sterling, enfin, est tombée vendredi à son plus bas niveau depuis vingt-quatre ans face au dollar, touchant 1,3503 dollar, après l'annonce d'une contraction de 1,5 % du PIB au quatrième trimestre. Sans doute l'affaiblissement de la livre est-il de nature à stimuler les exportations britanniques, et donc, dans cette mesure, constitue-t-il plutôt une bonne nouvelle pour le gouvernement de Gordon Brown, qui en manque cruellement en ce moment. Mais le risque existe d'une perte de contrôle totale de la situation et d'un effondrement du sterling, qui poserait des problèmes de financement de la dette publique difficiles à surmonter.
Nicolas Cadène
11:21 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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