12 juillet 2005
Une nouvelle impulsion donnée à la Constitution
Le Luxembourg, dirigé par un Premier Ministre populaire, M. Jean-Claude Juncker, et à l'abri d'une grave crise économique et sociale, a dit "oui" au référendum sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe ce dimanche 10 juillet 2005.
Alors que les
sondages laissaient présager d'un résultat serré, les Luxembourgeois ont
clairement approuvé le traité, le oui l'emportant avec 56,52% des voix contre
43,48% pour le non.
Un mois et demi après la crise ouverte par les référendums français et néerlandais, les Luxembourgeois ont malgré tout approuvé dimanche à une large majorité la Constitution européenne, donnant ainsi une bouffée d'oxygène à un traité moribond.
La participation a été massive, mais cela n'a guère de signification étant donné le caractère obligatoire du vote au Luxembourg.
Le Luxembourg est le treizième pays à ratifier la Constitution, le premier par référendum après les "non" français le 29 mai et néerlandais le 1er juin (L'Espagne avait voté "oui" par référendum mais juste avant la France et les Pays-Bas).
"Le message qui émerge et qui s'adresse à l'Europe et au monde, c'est que la Constitution n'est pas morte après les votes en France et aux Pays-Bas", a déclaré M. Juncker. "Si le Luxembourg avait voté non, l'Europe serait dans une crise ultra-grave. Avec ce vote, nous sommes toujours dans une crise, mais dans une crise qui laisse pointer à l'horizon des éléments d'optimisme", a-t-il ajouté. "C'est un résultat qui permet de garder le traité à l'ordre du jour de l'UE. Ceux qui croient dans le projet vont retrouver de l'oxygène", a-t-il estimé.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, a accueilli la victoire du oui au Luxembourg "avec une grande satisfaction", tandis que le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a affirmé que "le peuple luxembourgeois pouvait être fier" de ce résultat.
M. Barroso a toutefois souligné que "l'avenir de la Constitution" restait "incertain" et rappelé la promesse des 25 Etats membres d'"engager une réflexion profonde sur l'avenir et la finalité" de l'Union. Les dirigeants de l'Union ont décidé lors du sommet de Bruxelles le 16 juin dernier, de repousser au delà de novembre 2006 le délai initialement prévu pour les procédures de ratification. Le Luxembourg avait été le seul Etat à maintenir son référendum à la date prévue.
D'ailleurs les Royaume-Uni, en réalité guère enthousiasmé par cette victoire du "oui" (mais si la présidence britannique a déclaré "s'en réjouire"...) a rapidemment rappelé que "Le Conseil européen de juin a décidé qu'il devrait y avoir une pause pour réfléchir après les non (au traité) de la France et des Pays-Bas, et que les décisions sur la ratification du traité incombait à chaque Etat membre".
"A la fin du processus, nous verrons quels Etats membres ont dit non. Nous devrons prendre la décision, soit de demander à ces deux pays (la France et les Pays-Bas) de revoter, soit d'entamer une renégociation du traité", a souligné dimanche M. Juncker, laissant entendre sa préférence pour la première solution et on le comprend.
L'approbation de la Constitution par les Luxembourgeois est aussi une victoire personnelle pour M. Juncker, au pouvoir au Luxembourg depuis plus de 10 ans, qui avait annoncé qu'il démissionnerait en cas de victoire du non (ce que M. Chirac ne s'était pas risqué de faire, et qui, il est vrai, aurait sans doute accentué la victoire du "non" tant cette dernière était liée à la conjoncture et au pouvoir en place et non aux questions européennes).
"Je suis heureux d'être le Premier ministre luxembourgeois et de
pouvoir le rester", a déclaré dimanche le doyen des chefs d'Etat et de
gouvernement de l'UE en exercice, visiblement satisfait. Ombre au tableau
toutefois pour le gouvernement chrétien-social-socialiste: le rejet du traité
par les sept communes de l'ancien bassin minier et industriel, situées le long
de la frontière française (sud). Une partie des Luxembourgeois, notamment dans
les milieux ouvriers, a exprimé durant la campagne la crainte que la
Constitution ne remette en cause leurs services publics et certains des acquis
sociaux. "Certaines grandes villes du sud ont dit non, parfois à 53 ou 54%. Il
faut bien comprendre ce message là. La libéralisation oui, mais pas à n'importe
quel prix. Les droits sociaux doivent être respectés", a déclaré Jean
Asselborn, ministre socialiste des Affaires étrangères et numéro deux du
gouvernement. Les politiques luxembourgeois sont sans doute de meilleurs
communicants que leurs homologues français...
16:23 Publié dans Le "Oui" luxembourgeois | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité


